Atteinte de cinétose (1) et accusée d’extrême permissivité (2), Adélaïde Simon n’est pas diplômée des Beaux-Arts, n’a pas été en résidence d’artiste et n’a exposé dans aucune capitale européenne. Elle ne sait ni faire de clin d’œil ni siffler ni repasser mais elle sait éplucher les oranges avec une rapidité peu commune.

Jamais détectée précocement par un grand artiste, elle a fait les ménages et des études de philosophie, a été consultante et mère de famille nombreuse.

Aujourd’hui, elle peint.

Son style réaliste, sous-réaliste mais pas sur (ou sûr) ne fait pas penser à Untel, et vous n'avez pas tort, vous trouverez une abeille. Elle travaille essentiellement à l'huile, une huile qui, paradoxalement, se dilue à l'eau.




1/ Mal des transports.

2/ Incapacité à forcer un enfant à terminer son assiette


 
Démarche artistique


Particulièrement sensible à la dégradation des liens entre les vivants, ma pratique artistique cherche à être un espace de dénonciation mais surtout de cohabitation.

Avec une palette chromatique aux couleurs vives et contrastées, je propose des espaces picturaux de visibilité. Des personnes anonymes ou « invisibilisées » sont représentées: minorités, handicapés, migrants, aide-soignantes, femmes âgées,...Quand aux non-humains, la présence récurrente, qu’elle soit prépondérante ou discrète d’animaux interroge, par contraste, sur leur absence de plus en plus en plus préoccupante au sein de notre environnement actuel.

Ce sont également des espaces picturaux troubles : il s'agit de vivre avec le trouble comme Donna Haraway le propose et de l'habiter par la création. Polyphoniques, mes tableaux racontent des récits de domination, d'espèces disparues ou vulnérables, de feux, de sauvetage, d'êtres abîmés...

Des éléments peuvent se superposer, dans un détachement de la perspective classique, et désorientent, en écho à notre monde instable.


Notre entrée dans l'Anthropocène rend responsable chacun d'entre nous. Afin de créer davantage de cohérence et de résonance, mon medium ne nécessite, ni essence de térébenthine, ni White Spirit, ni acrylique : je favorise l'usage des matériaux les plus écologiques et j'utilise une peinture à l'huile qui peut se diluer avec de l'eau.


Comme Suzanne Husky et Stéphanie Sagot avec leur proposition de mondes écotopiques, je cherche à présenter des mondes possibles. Mes tableaux peuvent aussi des espaces de soin où des relations peuvent se créer entre vivants. Raviver des connexions, des solidarités et les symbioses qui forment notre monde peut être aussi le rôle du peintre qui devient cet humble intercesseur évoqué par Estelle Zhong Mingual.