Il était une fois à Foix une boulangerie. Une nuit, des gens sont venus. Une nuit, ils ont cassé. Une nuit, ils ont détruit. Des débris. Des débris, des bris de verre. Partout. Un peu avant le printemps. Ils ont tagué en vert foncé dedans : « On va vous faire la peau ». Ils ont tagué en vert foncé dehors « Sales races. »
Il était une fois à Foix des gens qui en voulaient à d’autres, à cause de leur couleur de peau. Comme si c’était un problème. Comme si des teintes n’avaient droit de cité, comme si l’humanité se dissociait par pigments : triste palette, s’il en manque autant, se lamenterait l’artiste.
Il était une fois à Foix une femme qui peignait et qui habitait à côté de cette boulangerie ; une femme qui, depuis cette nuit, est passée tous les jours devant. Devant la devanture dont la porte a été arrachée. Tous les jours, depuis des mois, devant cette boulangerie restée fermée.
Alors elle a créé ce tableau, de rage incandescente, de blé et de don, parce que certains brûlent de haine et que d’autres vous offrent un croissant tout chaud.
"La boulangerie", huile sur toile - 120x90cm -2024